Valoriser son parcours syndical : une nécessité pour les élus CGT

Un engagement syndical riche en compétences

Exercer un mandat d’élu du personnel ou de délégué syndical, ce n’est pas seulement défendre les droits des salariés : c’est aussi acquérir au passage de nombreuses compétences. Animer des réunions, négocier avec la direction, maîtriser le droit du travail, gérer des conflits – autant de savoir-faire et de savoir-être que les militants développent au fil de leur engagement. Ces compétences acquises au cours d’un mandat syndical « dépassent parfois largement celles nécessaires à [leur] métier d’origine », comme le souligne une étude récente.

Pourtant, trop souvent, ces compétences militantes restent invisibles aux yeux de l’employeur. Trop souvent, ces compétences restent ignorées par l’employeur : la simple comparaison de carrière entre un élu et ses collègues ne suffit pas à révéler la richesse de son expérience. Un militant peut très bien développer des aptitudes dignes d’un cadre sans que cela ne soit formellement reconnu dans son parcours professionnel.

Mettre fin à la pénalisation de l’engagement syndical

Valoriser le parcours syndical, c’est d’abord lutter contre une forme de discrimination trop répandue. De nombreuses études ont mis en évidence le « coup de frein » que subissent les carrières des représentants syndicaux. Près de la moitié des syndiqué·es déclarent avoir subi des discriminations dans leur carrière à cause de leur activité syndicale, et plus de la moitié estiment que leur engagement a freiné leur évolution professionnelle. Cette situation n’est pas seulement injuste pour les intéressé·es : elle dissuade aussi de nouveaux salariés de s’engager. Un tiers des actifs considère que la peur des représailles de la direction est l’un des principaux freins à l’engagement syndical. Il est donc indispensable de changer la donne, pour que chaque compétence acquise en militant devienne au contraire un atout pour l’avenir et non un motif de mise au placard.

Un premier pas légal existe : la loi prévoit un entretien professionnel de fin de mandat pour évoquer les compétences acquises et leur valorisation. Mais dans les faits, cette mesure demeure limitée et insuffisante.

De l’expérience militante au diplôme : des outils à saisir

La Validation des acquis de l’expérience (VAE) offre ainsi la possibilité de faire reconnaître officiellement son expérience – y compris syndicale – afin d’obtenir un diplôme, un titre professionnel ou un certificat inscrit au RNCP. Autrement dit, avoir exercé un mandat (délégué syndical, membre de CSE, etc.) peut compter autant qu’une expérience professionnelle classique dans un dossier de VAE. La CGT s’est d’ailleurs battue pour cette reconnaissance, en insistant pour que ces démarches aboutissent à de véritables diplômes complets et pas seulement à des fragments de certification.

Depuis quelques années, des initiatives facilitent le passage du mandat au diplôme. Ainsi, depuis 2018, des équivalences ont été définies entre certains domaines de compétences de mandat et des titres professionnels officiels. Quelques certifications spécifiques pour élus du personnel ont même vu le jour (seulement six à ce jour). Par ailleurs, des universités (CNAM, Dauphine, Sciences Po…) accueillent des syndicalistes dans des cursus adaptés. Certes, reprendre des études ou entamer une VAE demande un investissement personnel, mais de plus en plus de militants déterminés s’y engagent pour faire reconnaître la valeur de leur engagement. Enfin, même au niveau interprofessionnel, ce sujet est désormais à l’agenda des négociations entre syndicats et patronat.

Un projet inédit dans la branche Verre-Céramique

Notre Fédération CGT Verre-Céramique, en partenariat avec le cabinet DRM, pilote justement un projet inédit sur la valorisation des parcours militants dans la branche. En partenariat avec OPCO 2i et les branches du Cristal, Verre & Vitrail et des Industries mécaniques du Verre, ce projet pilote pourrait faire école bien au-delà de notre secteur.

Il s’agit, entre autres, de réaliser des fiches de fonctions des IRP (Instances Représentatives du Personnel). Pour chaque fonction, les missions exercées et les compétences acquises seront formalisées, puis mises en regard de formations existantes. En clair, chaque compétence figurant sur la fiche pourrait renvoyer vers un module de formation professionnelle ou un diplôme correspondant.

Au final, cette étude créera de véritables passerelles entre l’engagement syndical et la certification professionnelle. Chaque élu pourra identifier les diplômes ou titres correspondant aux compétences acquises durant ses mandats, et envisager soit une formation complémentaire ciblée, soit une VAE pour les obtenir. Obtenir un diplôme grâce à son expérience militante devient alors à portée de main. Et loin de diminuer l’engagement, c’est faire reconnaître que militer forme autant qu’exercer n’importe quel métier !

Vers une reconnaissance pleine et entière de l’engagement syndical

Ce projet inédit, porté collectivement par la CGT et les partenaires de la branche, doit aboutir à des résultats concrets d’ici la fin de l’année. La publication du rapport final et des fiches de fonctions associées est attendue pour le dernier trimestre. Ce sera une première en France dans le secteur du verre et de la céramique. Notre fédération compte s’appuyer sur ces conclusions pour revendiquer de nouvelles avancées en matière de droits et de reconnaissance pour les élus.

Valoriser son parcours syndical, ce n’est pas qu’une affaire individuelle de reconversion : c’est aussi un enjeu collectif. C’est affirmer que le temps consacré à la lutte et à la défense des salariés n’est pas du temps perdu, mais au contraire un investissement précieux qui mérite reconnaissance. C’est aussi se donner les moyens, en tant qu’organisation syndicale, de renforcer notre efficacité : des militants reconnus dans leur progression professionnelle, c’est un syndicalisme renforcé et attractif, prêt à accueillir les nouvelles forces.

En valorisant leur parcours syndical, nos élu·es CGT gagnent sur tous les tableaux : en fierté personnelle, en sécurité professionnelle, et en légitimité vis-à-vis des salariés comme des employeurs. Reconnaître la valeur du militantisme, c’est aussi reconnaître la valeur de ce que nous défendons. Rendez-vous prochainement pour découvrir les résultats de cette étude ambitieuse et, nous l’espérons, de nouvelles perspectives de diplômes pour nos camarades qui font vivre la CGT au quotidien !